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12 articles avec les chroniques des habitants de la chapelle

Lu dans "Au du coeur du 18ème", un témoignage sur le quartier La Chapelle dans les années 50

Publié le par Hervé Léger

Merci à Claude Beausire d'avoir permis la diffusion de ce témoignage lu dans le magazine "Au coeur du 18ème"

 

Ma vie à La Chapelle dans les années 50

 

 

Enfant du quartier, que dis-je du village de la Chapelle, je ne l’ai pas quitté depuis ma naissance, il y a plus de 60 ans. Une partie de ma famille paternelle, réfugiée d’Alsace Lorraine, s’y est installée à la fin du 19ème siècle, suivant les quelques usines de ces 2 provinces (cristalleries entre autres) venues s’installer à la Plaine Saint Denis. La branche maternelle   s’est retrouvée après la guerre de 14/18 dans ce même quartier, retrouvant ici bon nombre de concitoyens venus des Ardennes et qui  trouvèrent logis grâce à un marchand de chevaux issus du village et qui avait ses écuries au 11 rue des Roses.

 

Et c’est ainsi fatalement que mon père né rue Boucry rencontra ma mère née rue des Roses. Ils se marièrent à la Mairie du 18ème (le cortège nuptial empruntant le métro pour se rendre de Torcy (Marx Dormoy maintenant) à Jules Joffrin, puis dans la foulée à l’église Saint Denys de la Chapelle.

Mes grands parents ayant décidé de retourner dans leur village de la Thiérache ardennaise, laissèrent leur 2 pièces / cuisine de location à mes parents, appartement qu’occupe toujours ma mère à l’heure actuelle sur le même palier où elle est née voici 89 ans.

33--rue-des-roses-de-la-place-herbert.jpg 

C’est là que j’ai grandi, rue des Roses, avec ma sœur ainée dans ce deux pièces sans confort, WC à la turque sur le palier à partager avec deux autres familles de locataire (Josette, une voisine, un peu plus âgée que nous y passait des heures à bouquiner), sans salle de bains, la toilette se faisait dans la cuisine, une bassine émaillée remplie d’eau pour se laver les pieds. Le samedi, nous allions quelque fois, jusqu’aux bains douche contigus à la piscine Hébert pour une grande toilette, emmenant notre serviette, la savonnette et le berlingot de shampoing DOP que nous déchirions d’un coup de dent. D’autres habitants du quartier fréquentaient également ces établissements et il me reste en mémoire la cacophonie des gens chantant sous la douche : je ne peux par exemple entendre « O sole e Mio » rebaptisée par ma sœur « la chanson de la douche » sans repenser à ces instants.

Ma grand-mère trop vite veuve venait passer les mois d’hiver avec nous à Paris. Mes parents avaient donc aménagé l’appartement de 30 m2 pour que l’on puisse tous dormir : fauteuil-lit dans la salle à manger pour moi, divan dans cette même pièce pour ma grand-mère, et autre convertible dans  leur chambre pour ma sœur.

 

Pour chauffer cet appartement, nous avions à l’époque une cuisinière à charbon dans la cuisine et des poêles ou salamandre dans la salle à manger et la chambre. Dès que mes muscles le permirent, je fus désigné de corvée de charbon. Celui-ci livré par le bougnat (sac de jute sur l’épaule) de la rue Boucry était stocké à la cave. Je devais donc descendre les 3 plus 1 étages et me diriger à la lueur de la lampe Wonder que je tenais par la bouche vers notre cave, le ventre serré de peur au moindre petit bruit.

 

Nos jeux d’enfant se déroulaient dans la cour ou dans la rue. Le dimanche, circulation automobile réduite, je pouvais jouer au ballon sur la chaussée avec Hacène et Rachid, les jumeaux du rez de chaussée, nés d’un père kabyle et d’une mère ch’timi. On courrait aussi le long des gazomètres de la rue de l’Evangile ( CAP 18) ou dans la fumée des locos à vapeur vers la gare du pont Marcadet. Sinon c’étaient des parties de billes au square de la madone où nous refaisions le Tour de France.

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Les soins, piqures, vaccins, végétations et amygdales c’était le dispensaire des sœurs de Saint Vincent de Paul rue Jean Cottin qui nous les prodiguait après une ordonnance d’un des rares médecins du quartier (Pénin ou Sidoun).

Pour le ravitaillement, point de superette à part le Familistère de la rue Pajol, mais c’était le Marché et la rue L’Olive, débordant de commerces aujourd’hui disparus   ou transformés : boucheries chevaline, tripiers, marchandes de bonbons en vrac, la crèmerie Magne où on achetait le lait au pot et le café Mokarex avec ses soldats en plastique à l’intérieur du paquet, la merveilleuse épicerie  Raison ( Ed rue Riquet) , le coutelier un peu plus loin, les 2 boulangeries rue de l’Evangile, la pâtisserie de la rue Pajol, Tintin et /ou Blek le rock chez Mme Richard etc.…

 

Ma première canne à pêche , je l’ai acheté avec mon argent de poche « Aux enfants de la Chapelle » le grand magasin à côté de l’église.

   

Ma mère eu la chance d’avoir rapidement une machine à laver mais il m’arrivait quelque fois d’accompagner Mémé Bonassie ,qui me servait de nounou, au lavoir Rue de Torcy ou bien pour des grosses pièces nous allions au Lavarose (19 rue des roses)ou au Lavaneige de la rue Pajol.

Nous avions aussi un réfrigérateur venant au secours du garde manger fixé à la fenêtre de la cuisine. Le restaurant, en bas de notre immeuble ,  pour entretenir le froid de sa glacière se faisait livrer des pains de glace par des costauds à tablier et épaulières de cuir. Quelque fois un livreur avec son cheval venait se mêler aux autres routiers sarrois , hollandais ou français qui fréquentaient le resto de Mme Hélène et de M. Jean ( nappe en papier , sciure au sol, joueurs de 421 à l’apéro et seul téléphone de l’immeuble)

  ecole-de-la-madone-5-rue-de-la-madone.jpg

L’école pour moi, ce fut la maternelle chez les sœurs rue Jean Cottin puis la Madone (lycée Charles de Foucauld) suivant ainsi les traditions familiales (plus de 20 membres de la famille fréquentèrent ces établissements). A la sortie à 4 heures, ou après l’étude vers 6 heures (on ne disait pas 16 heures et 18 heures à l’époque), on se ruait avec nos centimes (certains disaient encore 20 sous pour 1 centime) à la boulangerie Lambin (coin Roses / Jean Cottin) acheter des carambar (avec les points DH qu’on collectionnait), des mistral ou autres caramels gagnants chers à Renaud.

 

 

Les dimanches après avoir assisté à une des trois ou quatre messes à la Paroisse,,souvent debout car nous arrivions en retard  ( la basilique Jeanne d’Arc n’était pas terminée), et après le repas du midi préparé par mon père fâché à cette époque avec Dieu, ce pouvait être une promenade dans Paris :

les grands boulevards avec leurs boutiques, les télévisions en vitrine des magasins devant lesquels la foule se regroupait pour assister à un exploit d’Anquetil ou de Rivière, ou à ceux de Kopa et Fontaine en Coupe du Monde

les défiles folkloriques sur ces mêmes boulevards (les landais avec leurs échasses m’impressionnaient)

quelque fois nous allions au Globe, boulevard de Strasbourg, où avec une consommation on écoutait des chanteurs : les trois ménestrels, Gilbert Bécaud, on y voyait des clowns, du Music Hall.

plus souvent la promenade nous dirigeait hors des murs de Paris ( après la baraque de l’Octroi) vers le cimetière de la Chapelle (à la Plaine) pour fleurir les tombes des aïeux. Nous nous arrêtions souvent pour regarder un match de football sur les terrains présents sur les anciennes fortifs (périf maintenant) : on regardait si Freddy ou Jean jouaient (des voisins de la rue) mais nous ne restions pas trop longtemps car invariablement Maman   recevait un ballon dans la figure. Papa nous racontait les bombardements de 1945 et les morts de l’impasse Marteau

 

 

et puis il y avait les cinémas du quartier : Ordener Palace (Franprix en face du métro Marx Dormoy), le Capitole (ex plus grand cinéma d’Europe remplacé par ED au métro La Chapelle) et en face le Montréal (superette de produits indopakistanais), c’était vraiment la dernière séance d’Eddy Mitchell : les Actualités, l’Attraction sur scène, et le grand film.

 

 

 

Nos soirées en famille autour de la table étaient monotones ( vu de maintenant) comme dirait Daniel Guichard, à l’écoute de Radio Luxembourg ( famille Duraton, Quitte ou Double, Crochet radiophonique) avant qu’Europe n°1 ne viennent un peu plus les égayer avec signé Furax et Salut les copains . Mais le twist, les blousons noirs et la bande à Dédé, ça se sont les années 60 ….

Claude Beausire

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"Paris Champagne" : un habitant de La Chapelle raconte le quartier...

Publié le par Hervé Léger

Lu dans le magazine 18ème du mois, un habitant de La Chapelle depuis 2001 raconte au travers d'un livre "Paris Champagne" l'histoire  d'une jeune femme dans le quartier La Chapelle.

Extrait du 18ème du mois article de Philippe GITTON :

A deux minutes du métro Marx-Dormoy, le quartier de La Chapelle, avec son marché couvert, a un petit air de village plutôt accueillant. Yves Martin est tombé sous son charme. Au point que cet habitant du quartier a écrit un roman dont une grande partie de l'intrigue s'y déroule.

Histoire d'un coup de cœur :

 

Yves et son épouse Sylvie ont emménagé depuis novembre 2001, à deux pas du marché couvert. «Nous avons été très rapidement à l'aise. C'est un quartier populaire, vivant. Les gens se connaissent, s'arrêtent pour parler au milieu de la rue L'Olive, la rue piétonne longeant le marché.»

Yves aime à parler des commerçants, de la diversité de la population. Et pourtant il ne les a jamais vus. Comme son épouse, il est non-voyant, mais les gens du voisinage les ont aidés immédiatement à prendre leurs marques. «Il y a toujours eu quelqu'un pour nous prendre par le bras et éviter les embûches de la circulation sur les trottoirs. Nous avons sympathisé avec les SDF du coin. Nous les connaissons par leurs prénoms.»

Tout naturellement, Yves a ressenti l'envie de parler de cet environnement. Pour décrire les lieux il a utilisé les yeux de ses amis. «Au cours de balades, j'ai enregistré tout ce qu'ils me disaient pour connaître dans le détail les immeubles, la couleur des façades, les devantures des magasins, les squares, l'allure des gens.»

Grâce à cette "photo", il pouvait planter le décor et imaginer une histoire. Il a donc décidé de raconter la vie d'Albane, une jeune femme originaire de Château-Thierry, venue s'installer dans le quartier. Son itinéraire est le moyen pour Yves d'aborder les difficultés rencontrées par de très nombreuses personnes. Le chômage, l'exclusion, l'injustice, l'indifférence. «La reconnaissance de la valeur humaine est indispensable pour construire un monde nouveau. Des rapports dépourvus de toute forme de domination et d'exploitation», explique-t-il.

Le livre d'Yves Martin n'est pas pour autant désespérant. Bien au contraire, son héroïne, après bien des mésaventures, croisera dans le quartier des hommes et des femmes de cœur et connaîtra l'amour sous les toits de l'un de ses immeubles.

Paris Champagne, d'Yves Martin. 407 pages. 19,50. Auto-édition. Disponible en le commandant sur le site : thebookedition.com

ou directement chez l'auteur au 01 42 05 94 00

Mail : y.s.martin@aliceadsl.fr


Merci à Yves Martin

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Des gens d'ici... et d'ailleurs : dernier volet avec Patrick Gaumer

Publié le par Alain et Hervé

RESIDENCE TORCY EVANGILE

Dernier épisode

Résumé des épisodes précédents ( voir le calendrier du blog des mardis 10, 17 et 31 janvier 2006 ) : passion BD. Mais ce n’est pas tout …

 5 .  Mon quartier …

Et le quartier ? J’y habite depuis 1997 avec ma compagne et ma petite fille qui a maintenant dix ans. Elle est vraiment une enfant du quartier car elle avait à peine 2 ans quand nous sommes arrivés.

Ce qui m’y plaît, c’est son côté métissé. En quelques centaines de mètres, on voyage à travers le monde. Tout à l’heure je parlais de mon travail de passeur, mais ce mouvement on le voit aussi  dans le quartier, de l’étal de produits africains au supermarché chinois ou en allant tout simplement à l’école de ma petiote, l’école Torcy où il y a une trentaine d’origines. C’est passionnant. Comment découvrir l’autre ? Comment découvrir d’autres cultures ? Les meilleures amies d’Alice sont des petites chinoises, une Sri-lankaise … C’est la possibilité de découvrir des spécialités culinaires, des habitudes et des repères différents et de discuter. Par exemple les parents d’une petite copine d’Alice souhaitent que je leur fasse une « conférence » sur la BD européenne, que je leur montre les différentes sortes de bande dessinée… eux me montrant certains aspects de la Chine et de la région dont ils sont originaires. Cela c’est pour moi une richesse fabuleuse, une des choses qui me plaisent dans ce quartier.

Il y a en plus un côté « enclave » qui nous empêche d’être envahi par les touristes.  Car il y a un côté un peu « village », peut-être lié à la topographie, coincés que l’on est entre les voies ferrées des gares du Nord et de l’Est.

Voilà ce qui me plait ici : avoir cette vie de quartier, y croiser des gens, le marchand de journaux, le boucher, … Je reviens là à mes racines. J’ai grandi dans une petite ville de 6000 habitants et le 18e est, pour cela, extrêmement riche. Le 18e est une ville de 180 000 habitants et, dans cette ville, notre quartier je me le suis approprié comme beaucoup de gens que je connais se le sont approprié : il y a la possibilité de lier des connaissances, de faire partager des passions, le plaisir d’y trouver une librairie, une vraie comme le Rideau rouge, et, toujours pareil, de rencontrer des gens qui ont eux aussi envie de jouer les passeurs …

Au fait, le blog  ne serait-il pas fait aussi pour ça ?

 

PS. Pour en savoir plus sur Patrick Gaumer et son œuvre, allez voir un des nombreux sites BD qui leur consacrent une petite place …

De tout ce qu'il a publié nous avons extrait quatre ouvrages qui sont disponibles aujourd'hui :

 

- Les Années Pilote,  Editions Dargaud, 1996

- Tibet, la fureur de rire,  Editions Le Lombard, 2000

- Larousse de la BD,  Editions Larousse, 2004

- André-Paul Duchâteau, Gentleman Conteur, Eitions Le Lombard 2005

Plus d'informations sur la bibliographie de Patrick Gaumer sur notre lien : http://parislachapelle.over-blog.com

 

Alain et Hervé mardi 7 février 2006

 

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Des gens d'ici... et d'ailleurs : avant dernier rendez-vous avec Patrick Gaumer

Publié le par Alain et Hervé

RESIDENCE TORCY EVANGILE

Depuis trois semaines, Patrick Gaumer nous raconte … Mais quoi donc ?

Résumé des épisodes précédents: une vie-passion, la BD …( voir les articles des mardis 10, 17 et 24 janvier 2006 via le calendrier du blog ) 

 

4 .  La BD aujourd’hui …

Je m’intéresse à toutes les BD et dieu sait qu’aujourd’hui il y en a ! Du meilleur au pire : de passionnantes œuvres d’auteurs et d’autres qui me tombent des mains, mais je ne renie en aucune façon toute la partie populaire de la BD. Il y a des ouvrages très chers qui paraissent, des tirages de luxe, mais ils me laissent souvent un peu sceptique. Pour moi, le livre doit être accessible à tous et d’abord économiquement. Ce qui m’intéresse c’est d’abord le sens, ce que la personne a à raconter.

 

Oui, c’est un peu paradoxal car la BD reste évidemment une œuvre graphique. Quand on voit l’importance des Loisel, Moebius, … Mais pendant longtemps, l’auteur — à part les Franquin, Hergé —, on l’ignorait : on parlait de la BD de Spirou, de celle de Tintin. Je ne vais pas refaire l’histoire de la BD mais, en gros, on achetait le dernier Spirou, le dernier Tintin, mais pas l’auteur.

 

 

 

C’est à partir des années 60, grâce au journal Pilote et les premiers magazines pour adultes que le statut de l’auteur a évolué : on s’est mis à acheter du Bilal ou du Loisel plutôt que la « Quête de l’oiseau du temps » ou autre.

Enki Bilal. Détail d'un dessin." "E. Bilal et Les Humanoïdes Associés"

 

On a eu des auteurs, prodigieux dessinateurs, créateurs d’univers, qui ont amené énormément sur le plan graphique. Mais, si le beau dessin continue heureusement à plaire, il y a aussi une tendance qui se dessine depuis une dizaine d’années avec des auteurs moins habiles graphiquement mais qui ont des choses à raconter et qui — peu importe qu’ils ne dessinent pas « beau » – dessinent juste. Le plus bel exemple est sorti récemment : « Les mauvaises gens » d’Etienne Davodeau, qui raconte pratiquement l’histoire de mes parents. Cela se passe dans le Maine-et-Loire, des gens de milieu populaire qui ont démarré avec une enfance très imprégnée de catholicisme - la JOC – qui ont rencontré les prêtres ouvriers et sont devenus des chrétiens de gauche … Cet album c’est ce parcours. Il y a certes parfois des erreurs d’anatomie et ce n’est pas spectaculaire, mais ça raconte quelque chose de profond et ça m’intéresse.

Je suis d’accord aussi sur l’autre dimension. Le dernier « Blacksad » est prodigieusement bien dessiné, l’histoire est bonne … sur fond de maccarthisme. Mais je prends aussi énormément de plaisir à lire des choses plus… modestes.

 

La fin de l'entretien sur : http://parislachapelle.over-blog.com

 

Alain et Hervé mardi 31 janvier 2006

 

 

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Des gens d'ici... et d'ailleurs : troisième volet avec Patrick Gaumer

Publié le par Alain et Hervé

RESIDENCE TORCY EVANGILE

Nous continuons notre entretien avec Patrick Gaumer, commencé il y a deux semaines ( voir … )

Les deux premiers épisodes, nous ont raconté les prémices d’une vie consacrée à la BD. Nous sommes au début des années 80. Les choses sérieuses commencent …

 

3 .  Le grand saut dans la BD …

 

Et puis un jour, je me suis dit : « Je suis mûr, les éditeurs n’attendent plus que moi ! ». J’ai donc écrit une lettre, sans doute très prétentieuse, où je disais que je connaissais très très bien la BD et que j’étais la personne qui leur convenait… A l’époque, il y avait très peu d’éditeurs de BD, une petite dizaine. Huit ne m’ont pas répondu et deux m’ont dit que j’étais sûrement un garçon charmant mais qu’ils n’avaient pas besoin de mes services. D’où une certaine désillusion mais comme je suis un garçon qui fonce, je me suis dit : « Que puis-je faire d’autre ? Je connais la librairie, je connais la BD, donc travaillons dans une librairie de BD ! Le problème c’est qu’il n’y en avait pas beaucoup. À Paris, trois ou quatre : Futuropolis, rue du Théâtre, Boulinier, … L’une et l’autre m’ont dit qu’ils n’avaient besoin de personne, mais, coup de chance, il y avait aussi la librairie Temps Futurs ! Fondée en 1973 par Sophie et Stan Barets, elle n’existe plus aujourd’hui, mais à ce moment-là ils cherchaient quelqu’un pour s’occuper de BD, celui qui s’en occupait étant parti comme attaché de presse des Humanoïdes Associés. La place était donc chaude, mais les prétendants étaient nombreux ! Pour moi dont toute la vie était encore à Angers, c’était loin d’être évident de tout quitter .. Mais bon, j’ai tout de même débarqué à Paris et eu un entretien avec Stan Barets. Le courant est tout de suite passé, mais, si j’étais la personne qui lui convenait le mieux parmi la vingtaine qu’il avait déjà rencontrées, il y en avait encore une quarantaine qui lui avaient écrit ! Il fallait donc que je le rappelle dans une dizaine de jours …

Je suis pourtant rentré gonflé à bloc. Ca y est, j’ai trouvé ma voie ! Génial !

Neuf jours plus tard, coup de fil à Stan. « Pour l’instant vous êtes la personne qui convient le mieux mais j’ai encore du monde à voir … J’ai aussi fait passer un test aux autres mais pas à toi … » C’était une série d’une vingtaine de questions très très pointues, du genre « Citez-moi cinq dessinateurs de Spirou et Fantasio ? Qu’est-ce qu’une peau d’ours ? (C’est la quatrième de couverture des Éditions du Lombard) Qu’a dessiné Dick Matena ? (C’est un dessinateur néerlandais) … J’ai répondu à tout mais en complétant à chaque fois : par exemple, que c’était bien de donner 5 dessinateurs de Spirou et Fantasio mais qu’en réalité il y en avait sept, etc.

Il m’a alors dit : « Quand peux-tu commencer ? ». Nous étions un lundi et, je l’ai dit, toute ma vie était à Angers, appart’, proches : « Disons jeudi. Le temps de mettre ma vie un peu en ordre ! »

 

Et j’ai débarqué. Les six premiers jours, j’ai dormi dans un placard aimablement prêté par la mère d’un copain, qui habitait Paris. Puis j’ai réussi à trouver un 6 m2 dans le Quatorzième.

 

 Douche, froide, sur le pallier. Toilettes à l’avenant. Tout ça pour une fortune. À l’époque je devais payer 500 francs, le même prix que mes 150 m2 donnant sur le château d’Angers, mais j’étais le plus heureux des hommes ! J’étais à la librairie Temps Futurs où se côtoyaient les Jean-Pierre Dionnet, Philippe Druillet, Chaland et tant d’auteurs que je lisais et rêvais de rencontrer, en vrai, de toucher. Des sortes de dieux vivants … qui sont devenus d’excellents copains, très vivants et absolument pas prétentieux pour deux sous…

Un dessin de P.Druillet, paru dans Pilote en 1973. (P.Druillet a réalisé les décors des récents "Rois Maudits") Les rois maudits : http://les-rois-maudits.france2.fr/ et sur P Druillet : http://www.papiers-gras.com/Historique/DruilletPhilippe/Expo/200511/Druillet.htm

Cela s’est fait comme ça. Et dès les premiers mois, comme Temps Futurs était aussi éditeur, je me suis retrouvé en charge de co-diriger  « L’Année de la BD » qui était ma première publication collective, l’année 83/84. J’ai fait plein d’erreurs mais Stan Barets m’a dit :  « Ce n’est pas grave quand on est assez lucide pour les voir et qu’on ne les refait pas une seconde

fois. » J’ai donc continué à faire des erreurs mais jamais deux fois les mêmes, ce qui est un avantage !

 

La suite sur l'autre blog du quartier : http://parislachapelle.over-blog.com

 

 

Alain et Hervé mardi 24 janvier2006

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Les Gens d'ici...et d'ailleurs : suite de notre entretien avec Patrick Gaumer

Publié le par Alain et Hervé

RESIDENCE TORCY EVANGILE

Nous avons débuté cette rubrique par un entretien avec Patrick GAUMER, LE spécialiste français de la Bande Dessinée, qui a publié récemment l’ouvrage de référence qu’est le « Larousse de la Bande Dessinée », véritable somme sur le 9e Art.

La semaine dernière (voir l'article du mercredi 11 janvier 2006 via le calendrier du blog ) ,il s’agissait du premier épisode : celui de la chute dans la marmite des livres, qui allait déterminer toute une vie. Voici celui de l’entrée en littérature, et d’abord côté librairie …

2 .  Des illustrés à la librairie …

 

Et de fil en aiguille, ma passion s’est orientée dans deux directions : la Science-fiction qui était une façon de surchauffer le réel et la BD. A peu près à égale passion … Et finalement la BD a pris le dessus, surtout à partir des années 70. Je n’ai pas connu Mai 68. J’avais 11 ans et il m’en reste juste de vagues souvenirs. Mes parents avaient visiblement quelques inquiétudes : avoir assez de sucre et d’huile pour faire face à la pénurie. Pas de souci d’essence, ils n’avaient pas de voiture. Je me souviens aussi du côté un peu alternatif de l’époque.

C’est à ce moment-là que j’ai découvert la revue Actuel. En 72, je suis devenu lecteur de Pilote. Je commençais à avoir un peu d’argent de poche en me débrouillant : lavage de bagnoles, vente de ferraille, petits services, … Et avec cet argent-là j’achetais mes premiers bouquins. C’est à cette époque que l’on a vu apparaître une nouvelle génération d’auteurs de BD qui se sont d’ailleurs ensuite émancipés de Pilote pour faire notamment l’Echo des Savanes, pas l’actuel, le grand : Gotlib, Mandryka, Bretecher, … et, après, Métal Hurlant, etc.

J’écoutais aussi beaucoup de rock. C’était vraiment tout une para-culture qui maintenant n’en est plus une puisqu’elle a été totalement récupérée, intégrée. Maintenant quand on voit et entend Imagine de J. Lennon pour une pub de voiture … j’ai un peu de mal. J’ai gardé l’esprit ouvert à quelque chose d’un petit peu différent.

Au-delà de la lecture de la BD qui était devenue un peu mon credo, je trouvais que tout ce qui était écrit dessus était généralement assez approximatif. Il y avait les premiers mouvements, vers le milieu des années 60, les premiers travaux sur la BD, mais dans lesquels on sentait le côté très «  fan de base ». C’étaient les premiers fanzines avec des questions du genre : « Dessinez-vous à la plume ou au crayon » et ça s’arrêtait pratiquement là.

Je me suis donc dit : « pourquoi ne pas essayer d’aller plus loin ? »  Même avec les moyens du bord car je n’avais pas fait d’études universitaires. J’avais raté mon bac du premier coup et plus tard, j’ai fait des études de gestion — ce qui a peu de rapport avec la suite – mais tout en faisant quand même mes petites fiches sur la BD. Un travail d’historiographe si l’on peut dire : d’où vient tel mouvement graphique, tel type de dessin, telle école ? Puis petit à petit, en l’élargissant au-delà du domaine francophone : ce qui se passe aux États-Unis, en Amérique latine … Les premiers mangas qui, dès les années 70 commençaient à paraître dans les revues les plus invraisemblables d’arts martiaux…

J’essayais donc de trouver ce que les autres ne trouvaient pas, non pas pour me dire : « Ah, Ah ! J’étais le premier à le trouver ! » mais en disant : «  Ah, Ah ! Je vais vous le montrer et vous le faire partager » C’était le côté passeur. D’ailleurs, si je devais me définir, c’est ce côté passeur, passeur d’images, que je retiendrais. Faire découvrir des choses, c’était mon désir. Mais entre le désir et la réalité … Réaliser un rêve, nous n’en étions pas là !

La suite de cet entretien sur : http://parislachapelle.over-blog.com

Alain et Hervé mardi 17 janvier 2006

 

 

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Les Gens d'ici...et d'ailleurs : Patrick Gaumer

Publié le par Alain et Hervé

RESIDENCE TORCY EVANGILE

LES GENS D’ICI … ET D'AILLEURS.

 

Dans notre village, autour de la place Torcy, vivent beaucoup de gens qui ont des choses intéressantes à dire. Il y a les natifs du village - les indigènes – et puis ceux qui, venus d’à-côté ou de très loin, ont  posé là leurs valises. Ils font ou ont fait, vivent ou ont vécu, des choses qui, sortant souvent de l’ordinaire, nous enrichissent le regard sur le monde et nous permettent de le voir un peu différemment. A commencer par notre environnement quotidien. La vie du quartier ne s’y réduit certes pas mais c’est aussi une de ses dimensions que celle de ces gens qui la partagent et la construisent.

 

Nous avons donc choisi d’aller à leur rencontre et de vous conter, au fil des semaines à venir, leurs histoires et leurs regards sur leur lieu de vie.

 

Nous commencerons cette série avec des gens qui ont comme caractéristiques d’être des créateurs et qui, de ce fait, ont certainement des approches singulières et sensibles de ce quartier : gens de théâtre et de cinéma, auteurs, … Ils sont nombreux dans le quartier et même dans la résidence, et un jour nous nous pencherons sur ce phénomène sociologique. Mais en attendant, écoutons les.

 

Première rencontre

Nous débutons par un entretien avec Patrick GAUMER, LE spécialiste français de la Bande Dessinée, qui vient de publier l’ouvrage de référence qu’est le « Larousse de la Bande Dessinée », véritable somme sur le 9e Art.

Il a publié plusieurs autres ouvrages importants consacrés à tous les aspects de la BD.

Comme journaliste, il travaille pour de nombreuses revues. Expert, il organise des expositions, anime des conférences et participe régulièrement à des missions à l’étranger.

 

 

 

 

Nous lui avons donc rendu visite … et cela a été notre premier plaisir. Un appartement où les livres - beaucoup de BD – recouvrent les murs, presque tous, du sol au plafond. Le rêve des amoureux des livres : on respire de l’oxygène enrichi.

 

1. Tombé dans les livres...

Je suis un petit gamin qui a grandi à la campagne. Je suis né en 1957, dans une famille relativement modeste dans laquelle on ne manquait cependant de rien. On mangeait à notre faim. C’était une époque où l’on allait chercher l’eau à la pompe … Ca paraît comme ça un autre siècle mais on était au milieu des années 50.

J’avais un grand-père qui a énormément compté pour moi. Il avait été mineur de fond . Il était à la retraite. Il m’a fait aimer le livre, tous les livres. Comme on n’avait pas beaucoup de moyens, c’était surtout des livres de poche. Il avait beaucoup de livres d’histoire, c’était sa grande passion. C’est à cette époque que j’ai découvert ce que l’on appelait les illustrés car on ne devait pas appeler ça des bandes dessinées, des BD. On trouvait cela aussi dans la presse, les quotidiens, les hebdomadaires.

La suite tout de suite sur notre site Paris La Chapelle : http://parislachapelle.over-blog.com/

Bonne lecture

Alain et Hervé mardi 10 janvier 2006

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Des gens d'ici... et d'ailleurs

Publié le par Léger

RESIDENCE TORCY EVANGILE

Dans notre village, autour de la place Torcy, vivent beaucoup de gens qui ont des choses intéressantes à dire. Il y a les natifs du village - les indigènes – et puis ceux qui, venus d’à-côté ou de très loin, ont  posé là leurs valises.

 

Ils font ou ont fait, vivent ou ont vécu, des choses qui, sortant souvent de l’ordinaire, nous enrichissent le regard sur le monde et nous permettent de le voir un peu différemment. A commencer par notre environnement quotidien. La vie du quartier ne s’y réduit certes pas mais c’est aussi une de ses dimensions que celle de ces gens qui la partagent et la construisent.

Nous avons donc choisi d’aller à leur rencontre et de vous conter, au fil des semaines à venir, leurs histoires et leurs regards sur leur lieu de vie.

Nous commencerons cette série avec des gens qui ont comme caractéristiques d’être des créateurs et qui, de ce fait, ont certainement des approches singulières et sensibles de ce quartier : gens de théâtre et de cinéma, auteurs, … Ils sont nombreux dans le quartier et même dans la résidence, et un jour nous nous pencherons sur ce phénomène sociologique.

Nous débuterons cette nouvelle rubrique en janvier 2006...En attendant continuez à passer de bonnes fêtes.

 

Hervé Léger mercredi 27 décembre 2005.

 

 

 

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En levant le nez...dans le quartier

Publié le par Hervé Léger et Alain Poupon

RESIDENCE TORCY EVANGILE

«  La beauté de Paris tient à ses immeubles autant qu’à ses monuments … Le promeneur perçoit bien la variété de ce paysage urbain mais il manque parfois de repères pour en lire les ordonnances et les motifs : riches portails, balcons filants, bow-windows opulents, mascarons moqueurs et cariatides souriantes … » 

Ce texte est en couverture du livre « Grammaire des immeubles parisiens » (1) qui propose « quelques clés de lectures à l’usage du piéton de Paris pour lui permettre de mieux voir, de mieux comprendre et de mieux aimer ces façades qui se saluent d’un trottoir à l’autre, d’un siècle à l’autre. »

 Ce bouquin, je l’ai acheté par hasard au printemps dernier et depuis, chaque jour, je découvre un Paris nouveau que j’arpentais sans le voir, faute de suffisamment lever le nez. Ce n’est pas un ouvrage pour spécialiste mais il contient mille choses passionnantes - à commencer par des tonnes de photos - qui vous rendent le regard savant et l’esprit curieux quand vous regardez toutes les façades de toutes ces rues dans lesquelles vous marchez chaque jour. Il y en a des curiosités, et parfois des merveilles, à découvrir !

Et pas seulement dans les quartiers « historiques » ! Vous êtes-vous déjà arrêté devant tel immeuble de notre quartier, exemple du mouvement qui, au tout début du 20ème siècle, s’est levé « contre l’uniformité et la pauvreté d’invention du Paris post-haussmannien » comme le disait C.Garnier ? Une nouvelle loi autorisait des saillies plus fortes qu’avant, libérant l’invention dans les parties hautes … multipliant les bow-windows de pierre qui faisaient onduler les façades …

Avez-vous remarqué ces décors de céramique qui sont apparus sur les immeubles vers cette époque ?

 

 

 

 

 Vous êtes-vous arrêté devant un exemple du style « brique et pierre » qui revint à la mode à la fin du 19ème siècle, non seulement dans de riches immeubles mais aussi pour ceux de seconde et troisième classe (le logement social d’hier ?) ? « Le mélange de ces matériaux permet d’allier une solidité remarquable à une élégance sans recherche, mais de bon goût. Il résulte de leur assemblage que l’on peut sauver la maison de l’aspect triste et humiliant que détermine la juxtaposition de la brique et des fers apparents, tout en évitant la dépense coûteuse qu’entraîne nécessairement l’emploi exclusif de la pierre de taille. » écrit-on en 1899. Ce style aura une très longue vie …

Levez le nez et vous allez découvrir le rythme des travées, des fenêtres, de curieux frontons qui les surmontent, le « cartel » qui, au-dessus d’une porte cochère, porte le « chiffre » du propriétaire de l’immeuble, des niches qui ont contenu … etc

Toutes les photos ci-dessous ont été prises dans le quartier (par Hervé), dans un tout petit périmètre.

Saurez-vous les retrouver ?

Et découvrir d’autres curiosités ?

Pendant trois jours découvrez dans l'ALBUM PHOTOS une nouvelle rubrique intitulée " Quizz des façades de La Chapelle". Le jeu consiste à retrouver l'endroit précis où la photo a été prise. C'est à vous de jouer!!! Rendez-vous lundi 14 novembre 2005 pour les réponses...

 

Enfin, si vous voulez en profiter pleinement et partir à la découverte de Paris, achetez ou faites-vous offrir ce bouquin (1)  Vous ne le regretterez pas !

Bonne lecture et bonnes balades !

Alain 2005

(1)    « Grammaire des immeubles parisiens » de C.Mignot  Editions Parigramme

 

 

Il est en vente dans toutes les bonnes librairies et donc au « Rideau Rouge », 71 rue Riquet (nouvelle librairie avec des libraires très sympathiques)

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Quizz des façades du quartier La Chapelle

Publié le par Hervé Léger

RESIDENCE TORCY EVANGILE

Retrouver la suite de notre "QUIZZ des façades de notre quartier" dans l'ALBUM PHOTOS rubrique " Quizz des façades de La Chapelle ". ( Façades N°6, 7, 9 et 10)

C'est à vous de jouer...

Hervé Léger vendredi 15 juillet 2005

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